Que boivent les franciliens (Michèle Beudin) Rando JP Konrat 16 mai 06
A proximité de Beynes, nous suivons l’Aqueduc de l’Avre. Rien à voir avec un aqueduc tel qu’on l’imagine (au dessus du sol avec des arcades comme le Pont du Gard): celui-ci est enterré sous nos pieds et se résume à un ensemble de tuyauteries qui acheminent l’eau de Verneuil-sur-Avre à St Cloud. Jean-Paul Konrat en profite pour faire le point sur l’alimentation en eau potable de Paris.
Au Moyen-Age, à Paris, il y avait des points d’eau, des fontaines captant l’eau de source. Mais la population augmentant, l’approvisionnement en eau commença à devenir un problème. Les épidémies se multipliaient, et même sans connaître encore les théories de Pasteur, on sentait bien qu’il existait un lien avec l’insalubrité de l’eau.
Premier progrès : Napoléon a décidé de canaliser l’Ourcq pour alimenter la capitale en eau. Aujourd’hui encore, l’eau de l’Ourcq sert au nettoyage de Paris et à l’arrosage des parcs. Mais le canal étant utilisé aussi pour la navigation, ce n’était pas une bonne solution pour l’approvisionnement en eau potable.
Les idées ont continué à évoluer et, sous Napoléon III, on a décidé d’aller prendre des eaux de source dans la campagne et de les transporter par des aqueducs jusqu’à Paris, comme le faisaient les Anglais. Napoléon III, qui avait passé toute sa jeunesse en Angleterre comme émigré, avait été impressionné par la manière dont les Anglais avaient réglé ce problème de l’eau. De même, influencé par les jardins « à l’anglaise » qu’il avait vus là-bas, il entreprit la création des Buttes-Chaumont, l’aménagement du bois de Vincennes et du bois de Boulogne.
Le premier aqueduc fut celui de la Dhuys, autour de 1865 : il permettait l’acheminement des eaux de la Dhuys, affluent du Surmelin, lui-même affluent de la Marne, vers un grand réservoir construit à Ménilmontant. La dénivellation était faible -20 m sur 130 km- donc le transport tout à fait possible en faisant passer l’eau dans de simples tuyaux en U et en utilisant la pente, comme le faisaient les Romains. Car à cette époque, on ne savait pas encore faire des siphons pour des tuyaux de grande section. Il a fallu attendre la généralisation de la fonte pour que ce problème soit résolu.
L’aqueduc suivant, celui de la Vanne, a pu bénéficier de cette avancée et a permis d’amener les eaux du Sud (eaux de la Vanne, du Loing et du Lunin) jusqu’aux réservoirs de Montsouris, au Sud de Paris.
De même l’aqueduc de l’Avre, inauguré en 1893, achemine les eaux de différentes sources de la région de Dreux jusqu’à un réservoir situé à St Cloud. L’écoulement se fait par simple gravité, avec seulement quelques siphons pour assurer le franchissement de vallées, comme c’est le cas ici pour la vallée de la Mauldre.
Cette eau de source est très calcaire mais elle a permis de stopper les épidémies et ces trois aqueducs suffisent pour l’alimentation de Paris.
Depuis, la banlieue s’est développée à son tour et pour les besoins de sa population, on a filtré l’eau des rivières dans les usines d’Ivry et d’Orly sur la Seine, de Joinville sur la Marne. Les progrès réalisés permettent d’avoir une eau avec moins de calcaire et moins de nitrate.
Pour éviter les excès de calcaire dans l’eau de Paris, il a été décidé de panacher ces eaux : aujourd’hui, la consommation en eau des Parisiens est donc assurée pour partie par de l’eau de source et pour partie par de l’eau de rivières.
Pour en savoir plus :
le site de la SAGEP (Société anonyme de gestion des eaux de Paris)
http://www.sagep.fr/html/alimenter/origines.shtml
et pour l’aqueduc de la Vanne : voir
http://perso.wanadoo.fr/damien.jullemier/vsj/aqueduc-vanne.htm