Les pérégrinations d'un carnassier de nos rivières
Il s’agit, vous l’aurez deviné, de l’anguille.
Ce n’est pas ce que vous auriez dit ? Moi non plus, je l’avoue. Mais depuis une certaine randonnée dans la vallée de la Somme avec Jacques Leconte - le 18 mars 2006-, je suis devenu cultivé, enfin presque.
Oui, l’anguille est un prédateur de nos rivières, et son propre prédateur de référence, c’est l’homme.
En face du mémorial de la guerre de 14 – 18 à Péronne, on peut, en effet, trouver, au marché, des anguilles séchées (boucanées ?) et même du pâté d'anguilles ! Il s’agit de spécialités de la région qui tiennent à un point d’histoire. Les anguilles frétillent dans bien d’autres endroits en France, mais seule cette région de la Somme aurait reçu de Napoléon le droit de les piéger dans des anguillères. Du moins, en principe. On trouve aussi de tels pièges dans la Creuse.
Mais de quoi s’agit-il au juste ?
En aval d’un étang, on crée une dénivelée qui précipite les eaux dans un grand caisson à lamelles en bois. L’eau s’écoule entre ces lamelles pour rejoindre la Somme, mais l’anguille reste piégée.
Anguillère d'Eclusier-Vaux en Haute Somme
Mais quid des voyages de l’anguille ? J’ai été surpris d’apprendre qu’à l’âge adulte, l’anguille quitte sa rivière, son fleuve, pour se diriger vers la mer et rejoindre … la mer des Sargasses ! Il s’agit bien de cette mer du golfe du Mexique, aux eaux calmes, chaudes, abritant une riche flore marine.
Dans ce paradis tropical, l’anguille se reproduit : la femelle peut pondre jusqu’à un million d’œufs !
Dès que les petits ont suffisamment de force, ils quittent ces eaux chaudes et rejoignent les fleuves de leurs ancêtres, probablement en se laissant porter par le Gulf Stream. Ce voyage peut durer de 2 à 3 ans. En baie de Somme, ils remontent le fleuve vers leurs lieux de chasse … et vers les anguillères.
On apprend bien des choses en randonnant avec certains animateurs comme Jacques Leconte.
